Contribution écrite par un adhérent de Laval, transmis par Augustin 64 http://www.espoirdemocrate.fr/Accueil.html
“ Nous avons vécu une première élection interne très laborieuse. Elle a fait resurgir une opposition latente depuis le lancement du Mouvement Démocrate, entre deux camps qui se sont observés, qui se sont méfiés, qui se défient à présent. Les UDF et MoDem sont-ils compatibles ?
Les UDF du « canal historique », engagés au centre depuis des années, étaient évidemment à tous les postes de l’appareil fondateur et donc aux instances dites « provisoires » du Mouvement Démocrate. François Bayrou leur a proposé un nouveau contrat, beaucoup plus amitieux que par le passé et qui a d’ailleurs tout de suite trouvé un écho spectaculaire auprès de dizaines de milliers de personnes qui attendaient de s’engager à leur tour, ou pour certains qui attendaient de s’engager ailleurs que dans leur parti d’origine. Les anciens UDF ont-ils pensé que ces renforts extraordinaires leur seraient très semblables et les aideraient mieux encore à capitaliser, en vue de nouvelles échéances électorales, le score très prometteur de la présidentielle 2007 ? Peut-être. Les nouveaux MoDem ont-ils pensé que les gens qu’ils rejoignaient correspondaient parfaitement aux valeurs portées par François Bayrou pour cette campagne présidentielle et pour l’avenir de notre pays ? Probablement.
Sauf que…
Sauf que de l’autre côté, tous ces nouveaux adhérents ne se sont pas engagés subitement pour n’être que des suiveurs, que des observateurs discrets et des exécutants au service de la réussite politique de quelques-uns. Ils ne se sont pas engagés sur un coup de tête, comme on s’inscrit à un club de fitness par bonne résolution. Ils n’ont pas fait le pas de s’engager en politique ou de changer de parti par hasard, ils ont attendus des années avant de trouver dans un parti la promesse forte d’une politique autrement, d’une politique proprement et d’une politique fortement au service des concitoyens.
Or beaucoup d’UDF historiques sont quand même fortement empreints des pratiques politiciennes du passé. Le jeu politicien y est prépondérant, ce jeu qui consiste à tout tenter pour exister et bien sûr gagner des places. Les négociations secrètes, l’influence du pouvoir et des réseaux, l’exploitation d’avantages exclusifs, quitte à être déloyaux, quitte à s’arranger avec les règles, valent aussi bien pour les combats politiques externes que, nous venons de le vérifier, lors d’une élection interne. « C’est la politique ! » vous diront certains, sauf que ce n’est pas pour cette politique-là que ce sont engagés la plupart des nouveaux adhérents.
Si vous dénoncez ces méthodes vous serez d’ailleurs facilement qualifiés de « bisounours » qui ne connaissent rien à la politique. Mais pour les nouveaux adhérents, la politique c’est la construction d’un projet fort, d’un projet nouveau pour les concitoyens. C’est la proposition d’idées nouvelles, la défense de valeurs en péril.
Alors bien sûr il faut pouvoir la mettre en œuvre, cette politique, et donc gagner des élections. Mais aux négociations secrètes, les nouveaux préfèrent la transparence et le rassemblement le plus ouvert, le plus large autour des idées et des valeurs. A l’influence du pouvoir et des réseaux, ils préfèrent l’adhésion naturelle et volontaire. À l’exploitation d’avantages exclusifs, ils préfèrent le jeu égal et démocratique qui lui seul permet de déterminer la légitimité du pouvoir. Ils refusent d’être déloyaux et sont très attachés au respect des règles, donc très exigeants sur la droiture en politique.
Pour cela, ils ont d’ailleurs un potentiel considérable : généralement hauts diplômés, pour beaucoup aux responsabilités dans leur profession, ils ont un enthousiasme et une volonté très forte de mettre leur expérience et leurs compétences pour améliorer le sort de nos concitoyens, pour les protéger du chaos écologique, économique et social qui s’annonce et dont ils ont pleinement conscience. Ce pourrait être une force extraordinaire pour le mouvement.
Or elle apparaît, de plus en plus, comme une menace redoutable pour ceux qui étaient là avant, les anciens UDF.
Toutefois, de nombreux adhérents UDF de 2006 ou 2007 ont adhéré à la ligne de François Bayrou et non à celle de Valéry Giscard d’Estaing, de François Léotard, de Santini, De Robien ou Morin. Ceux-là se reconnaissent parfaitement dans les idées et les valeurs nouvelles du MoDem. Et puis il y a ceux qui sont là depuis plus longtemps encore, depuis le CDS même, et qui s’identifient plus aux valeurs démocrates qu’à un positionnement de centre droit.
Alors sommes-nous compatibles ?
Sont-ils compatibles ces MoDem, nouveaux adhérents ou anciens centristes, et les ex-UDF attachés à une identité et à des pratiques du passé ?
Sont-ils compatibles, d’un côté ces gens prêts à discuter d’idées ou de solutions communes à nos problématiques avec les Verts ou le PS et de l’autre ceux qui se refusent farouchement à échanger avec l’ennemi d’hier, le « péril rose ou rouge », considérant toujours comme possible la seule et traditionnelle alliance avec la droite ?
Sont-ils compatibles, d’un côté ces gens prêts à ouvrir le débat sur tous les tabous – l’homosexualité, l’euthanasie, l’IVG, le cannabis, etc… – et de l’autre des gens qui se l’interdisent eu égard à une culture « chrétienne catholique » ?
Sont-ils compatibles ceux qui veulent changer le monde pour mieux l’adapter et le protéger, et ceux qui ne veulent surtout pas passer pour des « révolutionnaires », préférant s’inscrire dans la continuité d’une politique qui nous a pourtant conduit à l’ère très inquiétante dans laquelle nous sommes entrés ?
Allons-nous continuer à vivre longtemps un fonctionnement chaotique fait de critiques et de dénigrements permanents et très désagréables pour tout le monde, fait de stratagèmes et de coups bas intolérables, fait d’opportunismes politiciens diminuant fortement l’efficacité politique de notre action ?
Il en va, je crois, de notre épanouissement à tous, de notre honnêteté à l’égard de nos concitoyens électeurs et de notre capacité à, justement, développer notre électorat pour réaliser notre projet ”.
Forum de l’article
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Que va devenir le Mouvement Démocrate ? (1)
13 février 2008, par Manuel de Survie
Comme pas mal d’autres nouveaux adhérents ou assimilés, l’auteur de cette contribution a tout compris. Oui, il y a une dualité culturelle dans le Mouvement Démocrate, profonde. Mais il n’a rien compris, en même temps. Cette dualité existe dans quasiment toutes les organisations politiques. Et elle existe aussi à l’échelle du pays, et ailleurs. C’est la dualité du monde civique et du monde politique.
La particularité du Mouvement Démocrate, c’est d’avoir prétendu y reconnaître une question cruciale pour la démocratie, c’est d’avoir prétendu vouloir changer quelque chose aux rapports de ces deux mondes, et c’est avoir mis en pratique exactement l’inverse dans son processus de fondation, en portant à son comble la distance hiérarchique entre eux, et la division du travail entre eux (tout le pouvoir d’un côté, toute la responsabilité de l’autre), et cela par les procédés les plus classiques de l’encadrement et du contrôle des organisations politiques.
Cette particularité le plonge dans un état de crise permanente et d’incapacité stratégique. Que d’autres partis connaissent, mais en moins exacerbé. Pour sortir de la crise, il faudrait rompre un consensus illusoire, mais solide, jusqu’à présent : l’accord sur le discours de Bayrou aux présidentielles. Il faudrait comprendre l’ambivalence de ce discours, interprété de deux manières incompatibles par la culture centrée sur le mandat public et par la culture centrée sur l’engagement citoyen.
Cela dit, moyennant cet effort de rupture, on se retrouverait dans les conditions d’une expérience intéressante : celles d’une alliance à négocier, celles d’une confédération à construire. Il faut bien constater d’au dehors, ces deux mondes sont en négociation, et parviennent à des compromis. Boîteux, éphémères, mais réels.
Certains de ces compromis, comme la laïcité, sont d’ailleurs plutôt réussis et durables. Il n’y a donc pas d’incompatibilités idéologiques, il me semble.
Par ailleurs, je crois qu’il faut reconnaître la nécessité du monde politique, qui a ses valeurs, ses grandeurs, ses capacités, sa culture, ses jeux. Jeux qu’il faut connaître à fond, et pratiquer en cas de besoin. Même si ce qui reste de l’UDF n’a pas représenté très dignement tout cela jusqu’ici. Si ces deux mondes et ces deux cultures trouvent un jour le moyen de travailler ensemble (et non l’un pour l’autre), ils constitueront une force immense, capable de bouleverser complètement le paysage politique de notre pays.
Mais de fait accompli en fait accompli, l’UDF, obsédée depuis le début par l’encadrement des nouveaux adhérents, a trop bien réussi. Le potentiel stratégique du Mouvement est aujourd’hui nul, irréversiblement. Ses statuts, ceux d’un parti classique, ne lui permettre pas d’autre voie que le populisme fusionnel, dans le sillage de son leader.
Seule une scission pourra rétablir les conditions de départ, celles qui ont provoqué l’afflux des adhésions, mais en mettant cette fois les nouveaux adhérents en position de négocier la suite. Quand se produira-t-elle ? Cela va dépendre du temps qu’il faudra pour faire comprendre, par exemple, en quoi la fusion participative était un processus manipulatoire, et comment ce processus s’est nourri de l’auto-persuasion des nouveaux adhérents. Ou bien du temps qu’il faudra pour découvrir l’inconsistance de notre consensus de départ.
On met du temps à reconnaître qu’on s’est trompé. Voir :
http://www.club-des-democrates.fr/spip.php ?article23
Cette scission peut se produire comme une alternative au renouvellement des adhésions, à partir de mai prochain, ou plus tard, vers la fin de l’année, ou bien encore plus tard. Bref, elle gagne chaque jour en probabilité. Lentement, mais surement.
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Que va devenir le Mouvement Démocrate ? (1)
13 février 2008, par yann 35
Une scission ? Mais dans quelles conditions ?
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Une scission ? Et après ?
13 février 2008, par CH63
Je pourrai être le premier à suivre une scission. Mais après ? Il reste le problème de fond : comment éviter que les ’nouveaux’ Modem, aujourd’hui pures et vierges, ne fassent juste que prendre la place des anciens UDF et ne deviennent comme eux après quelques années ?
Il me semble que le problème de fond n’est pas suffisamment abordé concrètement au Modem : quelles règles établir pour éviter la corruption, l’influence des lobbys et la course au pouvoir. Je ne pense pas qu’il soit possible de faire de la politique pendant 20 ans sans tomber dans ces travers (pour la très grande majorité d’entre-nous).
C’est un problème vieux comme la politique et déjà théorisé par les grecs anciens.
Je ne pourrai suivre une scission que si ce point est le fer de lance de cette nouvelle structure.
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Une scission ? Et après ?
13 février 2008, par Manuel de Survie
Excellent motif de dissolution, CH63, mais si c’est pour s’organiser autrement, je ne trouve pas très réaliste de se donner des buts qui consistent à “éviter” quoi que ce soit qu’on ne puisse empêcher (sauf dictature). C’est se mettre dans l’impuissance en même temps que dans l’innocence.
En revanche, pour aller dans votre sens, la scission impliquerait un refus clair et net de l’idéologie de l’équilibre entre démocratie et efficacité. Elle ne sert qu’à favoriser de prétendus spécialistes de l’efficacité (les professionnels de la politiques). Lesquels se révèlent souvent comme inefficaces, sauf dans l’instrumentalisation de la démocratie, qui est leur véritable spécialité.
Donnons à la course au pouvoir des règles qui en font à la fois une épreuve de démocratie et d’efficacité. Prenons comme principe que, pour les questions essentielles, le progrès démocratique et la recherche de l’efficacité se conditionnent mutuellement. Principe plus modéré que les vôtres, en apparence, mais plus exigeant, en réalité. Puisqu’il nous met directement en concurrence avec ceux qui pratiquent le contraire.
Un bon exemple de passage du discours aux actes, chez Bayrou, pour finir. On se souvient de Bayrou demandant la séparation du capital médiatique et des industries dont l’état est client. Ce qu’illustre au mieux Serge Dassault, député, propriétaire de Dassault Aviation, et du groupe de presse du Figaro.
A Corbeil-Essonnes, (40 000 habitants), Bayrou a donné l’investiture à la présidente de la Fédération UDF du département, Nathalie Boulay-Laurent. Elle a su en faire bon usage, dans la ligne du Mouvement. On trouve la lettre d’investiture de Bayrou sur le site électoral de Serge Dassault, qui lui a offert la deuxième place sur sa liste :
http://www.dassault2008.fr/images/lettre.jpg
Interrogé à ce propos à la radio, Bayrou, n’a pas manqué de la désavouer. Reste à savoir comment il traduira ce désaveu purement verbal sur le terrain. Le Figaro, à court terme comme à long terme, peut beaucoup lui nuire, ou beaucoup l’aider.
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Que va devenir le Mouvement Démocrate ? (1)
18 février 2008, par zadig
La meilleure perspective que l’on puisse souhaiter dans l’horizon politique d’aujourd’hui, c’est une double explosion :
celle du MoDem qui le partage en roues de secours des conservateurs (avec leur lot de pneus rechappés, à plat ou usés) d’un côté et en acteurs politiques progressistes de l’autre.
celle du PS qui le partage en nostalgiques de la vielle gauche d’un côté et en sociaux démocrates progressistes de l’autre.
Les deux parties progressistes qui résultent de l’éclatement du MoDem et du PS pourront alors former un vrai parti neuf que le MoDem ne parvient décidément pas à incarner aujourd’hui.
Mais pour accepter d’aller sur la voie du progrès politique, il faudra que certains “modemistes” acceptent le sacrifice de reconnaître que leur chef actuel ne peut oeuvrer au renouveau politique : l’élection présidentielle a fait sur lui l’effet d’un coup de polish, mais la carrosserie est tout de même vieille et le moteur a du mal a montrer qu’il ne “fait pas d’huile” !!!
En d’autres termes, Bayrou 2012, c’est la mort programmée des valeurs du Modem !