L’esprit de Valmy
Posté par mercurius64 le 15 juillet 2008
Un front très important de soldats prussiens, hessois et autrichiens se déployant de Dunkerque à la Franche-Comté avance inexorablement, mettant en échec les troupes françaises. Une à une les défenses cèdent : Longwy est pris, Verdun tombe…
En Champagne, Dumouriez et Kellerman, généraux fraîchement nommés par les instances révolutionnaires rassemblent des volontaires qu’ils arment en toute hâte. Leurs armées formées de quelques professionnels et de nombreux bénévoles peu entraînés se regroupent sur le plateau de Valmy. Adossés au célèbre moulin, ils sont 24000 hommes du côté français. 100 000 austro-prussiens leur font face. C’était le 20 septembre.
A la faveur d’une dissipation de brouillard, après que les français eurent essuyé un feu nourri d’artillerie sans reculer, Kellerman coiffe son épée de son bicorne au panache tricolore et s’écrie « Vive la nation ! ». Les soldats entonnent la Marseillaise et en un éclair tous leurs chapeaux surmontent les bayonnettes. Une énorme clameur combative s’élève dans les rangs des français : cette armée brûle de combattre. Car il en va rien moins que de la liberté qu’ils sont en train de conquérir. L’infanterie ennemie qui avance, déjà éprouvée par le pilonnage de l’artillerie des révolutionnaires est alors saisie d’effroi. Brunswick donne l’ordre du repli.
Une deuxième tentative d’assaut par les prussiens se met en branle à nouveau quelques heures plus tard. Accueillis par le même bouillonnement pugnace des troupes françaises, les ennemis renoncent et battent en retraite. Les français ne les poursuivront pas.
C’est de ce triomphe populaire qu’est née notre France d’aujourd’hui. En effet, dès le lendemain de la victoire, le 21 septembre, apprenant la nouvelle et confiante en son avenir, la Convention nationale proclame la République. La défaite de Valmy sonnera le repli pour toutes les armées réactionnaires qui quitteront le territoire français.
Voici à quoi je pensais en ce jour de 14 juillet, et en relisant mon précédent article : « un projet beau mais difficile ». Goethe avait compris : lorsque les hommes sont prêts à se battre pour des causes qui touchent à la Liberté, à l’ Humanité, ils sont capables de tout emporter sur leur passage et défrichent les voies de l’avenir. Les coalisés, eux, se battaient… soldats qu’ils étaient à la solde de régimes féodaux tentant de se préserver.
Aujourd’hui, il ne s’agit plus de faire parler les armes ! Pourtant d’autres combats, plus pacifiques mais non moins progressistes, sont encore à mener. Notamment celui d’une Europe politique choisie et assumée démocratiquement.
Pour quelle Europe allons nous rassembler et faire entendre, à l’instar des troupes révolutionnaires, notre clameur déterminée ? pour une autre Europe que celle de l’ Homme ?






picharotte a dit
mon cher Charles,
C’est une bonne idée de rappeler que, dans des circonstances exceptionnelles qu’on qualifie plus tard d’historiques, les hommes “ordinaires” peuvent, au péril de leur vie, forcer le destin et écrire les plus belles pages de l’Histoire d’un pays. C’est à mon avis, le sens du “non” des français au référendum sur l’Europe. On a escamoté, par un artifice constitutionnel ce “petit problème” mais il demeure dans l’esprit des citoyens et il demeurera jusqu’à ce qu’une réponse digne soit proposée. Nos dirigeants manquent d’ambition et de volonté. On ne bâtit pas une entité comme l’Europe sans associer les citoyens à sa construction, sans leur faire jouer un rôle prépondérant. Il n’y aura pas de raccourcis, pas d’échappatoires. Ce sont les citoyens qui feront l’Europe!
Alain Picharotte