Le Club des Démocrates

Un lieu de libres débats sur la citoyenneté, la vie politique française et les partis

Pour fonder avec succès un large rassemblement démocrate

Posté par surgy le 19 août 2008

Écueils à éviter :

1°) Nous positionner sur le marché politique en tentant d’élaborer une sorte de programme de gouvernement « démocrate » à proposer aux électeurs concurremment aux projets du même ordre des autres partis.

Si nous sommes en effet profondément démocrates, nous devons nous efforcer de restituer au peuple la souveraineté qui lui appartient de droit, et non nous substituer systématiquement à lui en inventant à sa place des solutions censées lui apporter le bonheur.

De surcroît, si nous nous lançons immédiatement dans la construction d’un programme politique, nous risquons fort de nous chamailler entre partisans de telle et telle sorte de mesure, et ainsi de nous diviser au lieu de nous unir.

L’important me paraît être de mettre au point une méthode nouvelle d’intégration des divers points de vue en un point de vue global assimilable à celui de la collectivité dans son ensemble, autrement dit de trouver la voie de compromis équitables entre intérêts différents ou divergents en évitant soigneusement une crispation sur des exigences particulières et, pour finir, un partage conflictuel entre une majorité et une minorité parlementaire.

Je crois la société moderne bien trop complexe pour pouvoir être appréhendée correc­tement par référence à une seule dimension tracée entre deux pôles (droite contre gauche, conservateurs contre progressistes, républicains contre démocrates…), quelle que soit la redéfinition périodique de ceux-ci. Sa complexité croissante rend de plus en plus aberrant de ne pas rechercher la collaboration de toutes ses composantes pour en fixer les règles communes de fonctionnement ainsi que l’orientation, puis la mise en œuvre coordonnée des moyens dont elle dispose.

2°) Nous constituer en petit parti politique nouveau à l’image des autres partis qui se disputent le pouvoir, c’est-à-dire surtout les honneurs et les avantages qui y sont liés.

La population est en effet très insatisfaite des institutions et des mœurs politiques actuelles. Lassée des promesses qui lui ont été faites et de l’affrontement manichéiste de la droite contre la gauche, qui relève d’une conception mythique ne permettant ni d’appréhender ni de maîtriser correctement le foisonnement des réalités, elle aspire à une toute autre manière de faire de la politique.

3°) Nous refermer sur nous mêmes pour former un groupe plus ou moins sectaire de purs démocrates ayant l’ambition d’apporter aux autres la lumière dont nous les supposerions privés.

Notre objectif :

Il doit être de créer un rassemblement largement majoritaire de citoyens désireux de coopérer à une restauration de la démocratie et de la justice sociale à tous les niveaux (local, régional, national, continental et mondial).

Il nous appartient avant tout d’inventer des mécanismes et des procédures de participation de toutes les personnes physiques ou morales aux décisions politiques les concernant. Dans cette perspective, gardons-nous d’anticiper sur les décisions susceptibles d’être prises, en divers domaines, par la mise en œuvre de telles procédures.

Consacrons donc fondamentalement nos efforts à la définition d’un système politique alternatif dont nous veillerons à expérimenter l’efficacité et l’attractivité au sein même de notre rassem­blement.

Nos valeurs fondamentales

Pour la simple raison que nous entendons agir dans l’intérêt bien compris de tous, nous avons vocation à accueillir parmi nous le plus grand nombre possible de citoyens. Néanmoins nous ne saurions accueillir n’importe qui : notamment des oppresseurs, des prédateurs, des tricheurs, des irrespectueux des autres, etc.

Nous ne parviendrons à nous entendre qu’avec ceux et celles partageant au minimum les valeurs suivantes [1] :

  • Républicaines (souci du bien public et de la préservation des patrimoines communs naturels et culturels; désir de gérer équitablement les ressources d’un certain territoire dont les habitants ont jugé plus intéressant de se rassembler pour cela dans une même organisation politique),
  • Laïques (exclusion en dehors du domaine politique des institutions, des références et des préoccupations religieuses),
  • Démocratiques (ayant l’ambition de restituer au peuple, respecté dans toutes ses composantes, une souveraineté ayant fini par lui être confisquée tant par des politiciens professionnels que, de plus en plus aujourd’hui, par les milieux financiers),
  • Humanistes (en attribuant pour finalité à la politique la création des meilleurs conditions d’un épanouissement des personnes humaines, et non un accroissement pur et simple du P.I.B. ou une soumission du plus grand nombre aux représentants d’un intérêt dominant ou majoritaire ou d’un projet singulier de société).

Notre conception du champ politique

Sur la base de telles valeurs il sera possible de nous rejoindre avec des idées différentes, résultant de points de vues distincts sur un même objet, quelle que soit son origine culturelle et son positionnement idéologique ou religieux.

Toutes les personnes désireuses d’œuvrer de concert au bien commun, en y apportant la richesse de leurs expériences et de leurs compétences, mériteront d’être accueillies à bras ouverts dans notre rassemblement.

Il ne saurait être question d’y entrer dans le but d’y faire triompher ses propres convictions et tenter par ce biais de les imposer à l’ensemble de la population.

Pour qu’il connaisse un succès durable, il me paraît essentiel que ceux et celles qui y adhèrent ne viennent pas y chercher une identité sociale leur faisant défaut par ailleurs. Cela les induirait à s’y serrer les coudes en s’opposant systématiquement à d’autres groupes semblables comme à en attendre surtout des satisfactions affectives ou spirituelles. Soyons vigilants : ne le laissons pas se transformer en une sorte de parti P dont les membres pourraient dire qu’ils sont P ou appartiennent à la famille politique P (comme on entend dire ici et là que l’on est de droite ou de gauche, ou de la famille socialiste ou gaulliste).

Outre les valeurs communes citées plus haut, il importe donc que nous partagions aussi, dans le prolongement de nos convictions laïques, une même conception de la nature et des limites du champ politique, le différenciant très nettement de celui des groupes culturels, idéologiques ou spirituels.

Les groupes de caractère culturel (la famille élargie, le clan, l’ethnie et leurs analogues modernes comme la confrérie professionnelle, le quartier de banlieue, la classe sociale, etc.) sont ceux où l’on partage avant tout un ensemble de moyens d’expression (langage, gestuelle, symboles matériels ou conceptuels, rites sociaux…). Du simple fait qu’ils y communiquent aisément, leurs membres se fréquentent bien plus souvent entre eux qu’ils ne s’aventurent à entrer en relation avec des personnes extérieures, souvent perçues (et écartées) comme étrangères. C’est pourquoi les conflits qui y surgissent ne conduisent pas à leur suppression mais à leur évolution. Ils constituent un indispensable terreau d’enracinement des individus, leur conférant l’équilibre affectif et psychique nécessaire au développement de leurs facultés supérieures.

Les groupes idéologiques ou religieux sont ceux où se retrouvent les personnes qui partagent une même conception de la finalité de l’existence et auxquels tout un chacun peut s’adresser pour découvrir ou conférer un sens à son existence.

De même que le pouvoir politique n’a pas à intervenir dans le domaine privé de ces deux catégories de groupes, il n’entre pas dans la vocation des groupes politiques de procurer à leurs adhérents le soubassement affectif dont ils ont besoin, pas plus que des motivations d’existence et des énergies psychiques propres à justifier et soutenir leur engagement dans les affaires publiques. Ce serait en entraver le fonctionnement spécifique que d’y rechercher aussi le bénéfice de liens de solidarité analogues aux liens familiaux ou claniques et celui d’une communion enthousiasmante (religieuse ou quasi-religieuse) dans un même « esprit ».

Les solutions rationnelles des vrais problèmes politiques (ceux de l’organisation et de la gestion de la « cité ») ne font nullement intervenir, en effet, l’appartenance des personnes qui s’y consacrent à telle ou telle communauté culturelle ou spirituelle.

C’est essentiellement en tant que co-habitant d’un certain territoire que l’on se trouve concerné par la politique, non pas en tant qu’adepte de modes d’expression et de coutumes singulières ou en tant qu’adhérent à telle ou telle institution ou école philosophique procurant à ses affiliés des raisons d’agir au lieu de subir.

À condition que les solutions proposées soient évaluées à l’aune des valeurs ayant été énumérées plus haut, et à condition que les décisions finales, au lieu de résulter de l’établis­sement brutal de « rapports de forces », soient l’aboutissement d’un patient exercice de la raison entre citoyens se respectant mutuellement, peu importe le système philosophique ou religieux auquel on adhère quand il s’agit de résoudre efficacement des problèmes très concrets comme ceux de l’occupation de l’espace, de la répartition de la charge de travail et des ressources, de la sauvegarde et de l’entretien des divers patrimoines, de l’organisation des transports ou du système de santé, des plans d’urbanisme, de la gestion des déchets, de la prévention et de la sanction de la délinquance, etc., autrement dit de tout ce qui concerne l’art de bien vivre ensemble, sans empiéter nuisiblement sur les domaines privés.

Notre dénomination

Son premier terme mérite d’être Union ou Rassemblement, et non pas Parti.

Les termes suivants, pas plus de deux, méritent d’être choisis parmi l’intitulé des valeurs qui nous caractérisent. Pour ma part j’opterais en premier lieu pour le qualificatif de républicain puis pour celui de démocrate ou d’humaniste.

Je suggère donc de nous appeler :

soit « Union (ou Rassemblement) des Républicains Démocrates » (U.R.D.)

soit « Union (ou Rassemblement) des Républicains Humanistes » (U.R.H.).


[1] Je ne fais que reprendre ci-dessous ce qui figure dans les statuts de notre Club des démocrates 64.

2 Réponses vers “Pour fonder avec succès un large rassemblement démocrate”

  1. picharotte a dit

    Mon cher Albert,
    Je suis d’accord avec toi sur bien des points. Pour l’instant je voudrais décliner l’un des points que tu mets en évidence :
    1)Notre objectif ne peut être d’établir un programme d’action politique.
    Proposer un programme c’est encore rouler pour les citoyens c’est donc les déresponsabiliser. En revanche, il faut déterminer à quel échelon et comment rendre aux citoyens les initiatives qui sont les siennes. L’échelle municipale constitue un bon exemple de ce qu’on pourrait proposer.

    2)Sur les 36 783 communes que comptent la France, 31 927 communes ont moins de 2 000 habitants.
    Le nombre de conseillers municipaux est déterminé par la population de la commune, selon le tableau suivant : Article L2121-2 :

    COMMUNES
    NOMBRE DES MEMBRES
    du conseil municipal
    De moins de 100 habitants
    9
    De 100 à 499 habitants
    11
    De 500 à 1 499 habitants
    15
    De 1 500 à 2 499 habitants
    19
    De 2 500 à 3 499 habitants
    23
    De 3 500 à 4 999 habitants
    27
    De 5 000 à 9 999 habitants
    29
    De 10 000 à 19 999 habitants
    33
    De 20 000 à 29 999 habitants
    35
    De 30 000 à 39 999 habitants
    39
    De 40 000 à 49 999 habitants
    43
    De 50 000 à 59 999 habitants
    45
    De 60 000 à 79 999 habitants
    49
    De 80 000 à 99 999 habitants
    53
    De 100 000 à 149 999 habitants
    55
    De 150 000 à 199 999 habitants
    59
    De 200 000 à 249 999 habitants
    61
    De 250 000 à 299 999 habitants
    65
    Et de 300 000 et au-dessus
    69

    .Rappelons qu’une commune est administrée par un conseil municipal, dont les membres sont élus au suffrage universel direct pour six ans. Le conseil municipal élit en son sein le maire, qui est chargé – entre autres choses – d’appliquer les décisions du conseil, et ses adjoints, qui peuvent recevoir certaines délégations.
    Les séances du conseil sont publiques, mais seuls ses membres peuvent s’y exprimer.

    3)L’administration des petites communes est l’exemple parfait de la manière dont la démocratie a été confisquée. Le nombre de village où l’on est maire de père en fils, où les décisions sont prises sans aucune transparence, où les clans décident des affaires publiques dans leur propre intérêt, où les citoyens ont été exclus de la vie de la commune est proprement incalculable. Dans le même temps, les enjeux “politiques sont quasiment nuls. Qui en dehors des habitants de la commune se soucie d’un maire de village de 150 habitants? Le préfet s’en moque comme de colin-tampon, les médias ironisent et lâche la bride à tous les petits tyrans de France et de Navarre.

    4)Aucune formation n’est proposée actuellement aux conseillers municipaux. Celles que peuvent suivre les maires sont surtout chargées de les instruire des risques que revêt leur fonction. Délivré le plus souvent par des techniciens des collectivités, elle manquent singulièrement de démocratie et d’ambition.

    5)Pratiquement aucun village ne rend compte des décisions du conseil municipal même dans une publication photocopiée. Ce serait pourtant la moindre des choses et il serait du rôle de l’état de leur en donner les moyens.

    6)Les budgets sont tellement rabougris que les maires sont obligés de mendier des subsides aux députés et sénateurs qui se constituent ainsi une clientèle d’obligés et donc un réseau d’influence bien peu démocratique. Observons que les élus nationaux pratiquent tous ce drôle de jeu qu’ils soient de gauche ou de droite.

    7)Une initiative assez facile à réaliser est la constitution d’une Association Citoyenne. Cela peut prendre la forme d’une AMAP à l’échelle de la commune de plus de 2000 habitants ou de la communauté de communes.Elle peut être un moyen de contrôler l’action municipale ou une force de proposition. L’important est que ce regroupement de citoyens s’intéresse à la chose publique et fasse preuve de rigueur et de fermeté, dans son rôle de partenaire du conseil municipal. C’est, par ailleurs, une excellente école du citoyen responsable et futur élu.

    8)Quelque soit la taille du village, il apparait opportun de réaliser ou d’exiger une feuille de choux qui évoque l’action municipale (budget, routes, gestion de l’eau, gestion des nouveaux CU, carte communales, voire PLU, imposition, animation du village, transports en commun… Il faut détailler le vote des conseillers de façon à placer chacun face à ses responsabilité).

    9)On peut parfaitement envisager une tournante concernant lla place du maire. Le précédent restant au conseil municipal, le suivant laissant peu à peu la place au suivant. Il existe des villages où le poste maire passe d’un conseiller à un autre à chaque élection.

    10)Même dans le plus petit village, il est possible de proposer dans l’année aux habitants une (ou des ) réunion publique pour envisager l’action passée du conseil et surtout discuter des propositions nouvelles concernant l’avenir.

  2. surgy a dit

    Cher Alain,
    Pour répondre à ton point 8, il m’apparaît que la feuille de chou diffusée dans les villes qui disposent de confortables moyens est généralement un bulletin de propagande assez coûteux (sur papier glacé,avec photographies), peu détaillé,ne fournissant aucun élément permettant de critiquer avec sérieux l’action municipale.
    La communication du budget municipal (toutes les recettes et toutes les dépenses votées puis engagées), sur un document librement consultable en mairie ou mis en ligne sur Internet me semble bien préférable. Nous avons le droit de connaître, en permanence, l’usage qui est fait, en notre nom, de l’argent public. Toute municipalité nous doit une telle information dont généralement elle nous prive pour nous dissimuler toutes sortes de gaspillages ou de faveurs accordées à des copains.
    Nous pourrions faire figurer une telle exigence dans le programme d’action de notre “club des démocrates”.

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