Coup de chapeau au livre “L’incompétence démocratique” de Philippe breton
Posté par picharotte le 25 juin 2009
Paru aux Editions La Découverte en septembre 2006, le livre de Philippe Breton est véritablement remarquable. Il éclaire sous un jour cru une question fondamentale : pourquoi notre démocratie se meurt alors que jamais sans doute, ce mode de guvernement n’a été aussi nécessaire et possible?
Philippe Breton est chercheur au CNRS à Strabourg et spécialiste de de la parole et de la communication. Il est également l’auteur de ” Le Culte de l’internet. Une menace pour le lien social ?” (2000), “L’Argumentation dans la communication” (coll. ” Repères “, 2001 ; nouv. éd. 2006), “Eloge de la parole” (2003), “L’Utopie de la communication”. “Le mythe du ” village planétaire ” (2004) et “Argumenter en situation difficile” (2004).
Son livre met en évidence le profond malaise que connaissent les démocraties modernes. Pourtant, les valeurs démocratiques restent très attractives, y compris dans l’espace privé.
L’auteur s’interroge donc : Pourquoi cet idéal théorique a-t-il donc tant de peine à s’incarner ?
Et sa réponse est éclairante : Plus qu’une question de pertinence des institutions ou d’adhésion à des valeurs, la démocratie est d’abord une affaire de compétences pratiques, notamment dans le domaine de la parole et des relations avec autrui.
A partir d’une expérience originale et de centaines d’observations de prises de parole, l’auteur fait un constat alarmant : tous les milieux sociaux sont aujourd’hui affectés par un véritable déficit du point de vue du parlé démocratique. D’autres savoir-faire plus archaïques – ruse, séduction, domination, etc. – se substituent aux compétences
Philippe Breton explique l’origine de cette carence et montre comment la dissonance entre valeurs et pratiques engendre une forte violence sociale, de la défection individualiste aux nouvelles incivilités. Il dénonce la croyance issue des Lumières selon laquelle la culture et la Raison suffiraient à former des démocrates.
L’auteur souligne aussi la difficulté, voire l’impossibilité pour l’école à jouer son rôle dans le nécessaire apprentissage des compétences démocratiques.
Et il propose enfin des pistes de réflexion pour que chacun puisse s’approprier ces compétences et mieux assumer, en pratique, sa citoyenneté.



