A-Le clair et l’obscur
La situation en Gironde est à la fois claire, et obscure si l’on veut bien faire semblant d’être naïf.
Elle est claire puisqu’on peut constater aujourd’hui la réalité des accords UMP-MoDem, non seulement à Bordeaux, avec Juppé, mais dans toutes les communes de la Communauté Urbaine (Mérignac, Talence,etc…) et même plus largement en Gironde. Cet accord s’élargit aux cantonales où on a des tandems (candidat + suppléant) UMP-MoDem.
Autant dire qu’en Gironde le MoDem a abandonné toute prétention à l’autonomie et apparaît nettement comme un parti de droite, volant même au secours de l’UMP menacée de recevoir une râclée socialiste. Pour essayer de faire passer cette stratégie « à droite toutes » on tente de la présenter comme « non-sarkozyste », comme en témoignerait la « compréhension » entre Bayrou et Juppé.
Un article est consacré à Bordeaux dans le n°566 de « Marianne ». Un encart intitulé « Bayrou-Juppé : l’axe et les circonstances » résume bien cela. Je le cite :
« L’accord au sommet a été conclu à Paris. Alliance de circonstance : François Bayrou ne peut espérer gagner Pau sans le soutien d’une personnalité d’envergure issue de la droite, tandis qu’Alain Juppé, s’il avait été confronté à une candidature MoDem à Bordeaux, aurait dû porter le chapeau de l’impopularité de l’éxécutif. Au-delà, le pacte aquitain scelle une promesse à plus long terme. En 2012, le fondateur de l’UMP, et celui qui s’y était si théâtralement opposé, auront besoin l’un de l’autre pour prendre leur revanche sur Nicolas Sarkozy. Celui qui sera en situation fera donc la courte échelle à l’autre.
Dans cette perspective, les deux chefs ont fait la police dans leurs rangs. A Bordeaux, les « modemistes », qui avaient rédigé un projet dans l’espoir d’une troisième voie, ont été priés de le ranger fissa. L’ex-UDF Véronique Fayet, qui a cru pouvoir partir en solo, et a même évoqué avec Alain Rousset un ticket PS-MoDem, a dû remiser l’écharpe orange et s’inscrire sur la liste bleue de Juppé… »
La dernière phrase exagère un peu les tentations et tentatives d’indépendance de Véronique Fayet (elle me l’a dit elle-même), mais pour le reste c’est tout à fait pertinent.
Ce qui n’est pas clair (à condition d’être passablement naïf) c’est comment on en est arrivés là. Bien évidemment, les militants n’ont pas été associés à l’élaboration de cette stratégie politique. Tout cela s’est fait « au sommet » et « en coulisses » entre la direction fédérale (Didier Cazabonne) la direction nationale (difficile de penser que Bayrou n’a joué aucun rôle), Juppé et l’UMP locale. Les militants n’ont pas été invités à se mêler de tout ça : c’est une affaire de « pros » de la politique.
Ce que dit Joan TARIS (il fait partie de la « garde rapprochée » de D. Cazabonne) le 06 / 02 au journal Sud-Ouest est éclairant : il nous apprend que le nombre d’adhérents est passé de 700 à 1900 entre avril et octobre 2007 et que ce sont ces nouveaux adhérents (largement majoritaires donc) qui constituent un « terrain favorable » à une tentative de « déstabilisation interne »
LIRE : ICI
Tout est dit dans cet aveu : depuis Juin 2007, après les législatives et dans la perspective des futures élections locales, toute la stratégie des dirigeants fédéraux et de leur petite armée d’élus (de droite, forcément !) a consisté à neutraliser ces nouveaux adhérents (en commençant par ne pas les réunir) pour les empêcher d’imposer la ligne du MoDem : l’autonomie. Nul besoin de réfléchir beaucoup pour comprendre que l’autonomie signifie à terme l’abandon de l’alliance automatique à droite. Non seulement les élus ont leurs « places » grâce à cette alliance, mais en plus, il faut oser le dire, la plupart sont vraiment de droite.
Pour empêcher cette majorité de nouveaux adhérents « déstabilisants » de faire entendre leur voix et d’agir ensemble, on va avoir recours aux pratiques antidémocratiques les plus ahurissantes de la part d’un parti… »démocrate ». Et ça, on le sait, pas seulement en Gironde.
Prenons l’exemple de Véronique FAYET, nommée au Bureau Exécutif national, membre du Comité Départemental Provisoire, animatrice du projet « Bordeaux 2008 », et maintenant sur la liste de Juppé (sans grand enthousiasme). Le 31 / 12 elle démissionne du Comité départemental provisoire et publie cette lettre :
Lettre ouverte aux membres du Conseil Départemental Provisoire du MoDem Gironde
Bordeaux, le 31 décembre 2007
Chers amis,
Avec vous, j’ai cru que le Comité Départemental provisoire dont nous avions voulu, ensemble, la mise en place, au lendemain de Seignosse serait un lieu exemplaire de démocratie !
Comme vous, je souhaitais que cette instance soit l’expression et l’incarnation de la diversité de notre jeune parti et permette à chacun de trouver là, le lieu où exprimer librement ses attentes et ses aspirations Comme vous, je pensais que nous devions tourner le dos à un fonctionnement centralisé voir autocratique où les décisions sont prises par quelques uns et relayées dans la presse avant même que le débat ait eu lieu. Comme vous, j’estimais venu le temps de la transparence et de la collégialité .
Aujourd’hui, j’ai décidé de démissionner du Conseil Départemental Provisoire du MoDem Gironde parce que je fais le constat qu’aucune de ces espérances, qui justifiaient la création de ce comité ne se sont réalisées. Je ne souhaite plus cautionner ou être associée à un fonctionnement qui manque totalement de transparence et qui ne représente pas le pluralisme exigeant des adhérents du MoDem. Pour ne pas nuire à l’unité et à la cohésion du MoDem girondin, j’ai accepté, vous le savez, certains compromis, mais je ne peux tolérer plus longtemps que ce comité soit instrumentalisé et détourné de sa vocation initiale. Actuellement, seule une information filtrée par le Président circule ! Toutes les diffusions que j’ai demandées m’ont été refusées :
un communiqué de presse du 28/9 qui intéressait pourtant tous les militants de Bordeaux et de la CUB,
une lettre du 31/10 adressée, aux membres du Comité Départemental… et jamais diffusée !
une interview du journal Sud Ouest le 5/12 relatant les raisons, de ma probable alliance avec Alain JUPPE pour les municipales.
Etc. ….
Même la liste des membres du Comité Départemental, appelés à travailler ensemble est restée secrète, interdisant tout échange : elle a fini par m’être communiquée cette semaine après plusieurs demandes insistantes !
Enfin, il y a quelques jours, Didier CAZABONNE a refusé de me transmettre le fichier des adhérents de Bordeaux alors que j’ai été nommée, par vous, responsable du projet Bordeaux 2008 et que la campagne municipale démarre !
J’avais pourtant entendu, comme vous, que François BAYROU, lors de sa venue à Bordeaux, avait souhaité que chaque responsable communal dispose du fichier des militants de sa commune pour travailler plus efficacement : j’ai dû rêver !
Une chose est sûre, François BAYROU m’a fait l’honneur et la confiance de me nommer membre du Bureau Exécutif National. Didier CAZABONNE, lui, ne me fait pas confiance !
J’en prends acte et je me désolidarise de la gestion actuelle de la Fédération de Gironde.
Je vais, pendant quelques semaines concentrer toutes mes forces sur la campagne municipale à Bordeaux. Les négociations avec Alain JUPPE sont d’ailleurs loin d’être terminées …
Vigilante et déterminée dans mon action publique au service de tous ceux qui font confiance au MoDem, je reste bien sûr à votre disposition pour partager vos éventuelles questions et réactions.
Je vous souhaite une excellente année 2008,
Bien amicalement.
Véronique FAYET
Quand on voit ce qu’il en est vis à vis de Véronique Fayet, on peut imaginer l’attitude vis à vis des militants de base « déstabilisants » !…
A SUIVRE
Paul Cros
Espace Démocrate 33